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Le logement d’abord

E-news janvier 2021
Depuis de longs mois, notre maison est devenue notre unique univers et notre refuge face à la pandémie. Le « chez soi » est vital pour se sentir en sécurité, se reposer, se protéger du froid ou de la chaleur, et construire sa vie. Celui qui n’a pas de « chez soi », que lui reste-t-il ?

Housing First Namur

Entretien avec la coordinatrice du projet

Le Relais Social Urbain Namurois coordonne le « relais santé » et le projet « Housing first Namur ».  Cette formule de lutte contre le sans-abrisme en provenance d’Angleterre est financée par les Régions depuis 2016. Son originalité? Elle inverse la logique habituelle : on trouve d’abord un logement à celui ou celle qui est dans la rue, et c’est ensuite qu’il ou elle retrouve une stabilité lui permettant de résoudre ses problèmes et de reprendre une place dans la société.

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Le logement est donc la première étape. Pour maintenir la personne en logement, une équipe pluridisciplinaire accompagne le locataire. Emeline Legrain, infirmière sociale, coordonne le projet HF Namur : « notre équipe compte un psychologue, une éducatrice, deux assistants sociaux et une infirmière, soutenus par des bénévoles et de nombreux partenaires tels que le CPAS, les services d’accueil, des restos sociaux… Un capteur logements intervient en amont auprès des propriétaires publics (AIS et SLSP) ou privés. La durée de l’accompagnement est variable car c’est un processus de rétablissement personnalisé.  La personne peut être épaulée dans tous les domaines de sa vie, … ». En 2020, un coach de vie s’est ajouté à l’équipe namuroise. Et depuis 2016, 41 sans-abri namurois ont pu bénéficier du Housing First.

Au niveau national, le dispositif obtient des résultats significatifs : 90% des personnes se maintiennent dans leur logement, recouvrent leurs droits et voient leur situation socio-sanitaire générale améliorée. Pour Emeline Legrain, également titulaire d’un master en ingénierie et action sociale, la force du Housing First vient du fait qu’il prend les personnes dans leur globalité et leur particularité :

« on travaille à un niveau systémique. Nos objectifs sont définis mais on a une liberté de moyens. Cette créativité permet d‘apporter des réponses sur mesure ».

Néanmoins, de solides défis demeurent, notamment en termes d’affiliation sociale des bénéficiaires (développement d’un réseau, reprise de contacts familiaux, participation à des activités communautaires, accès à une formation ou à un emploi…). Ces difficultés peuvent freiner le processus de rétablissement en cours.

Comme 6 autres villes belges, et pour une durée de 16 mois, le Housing First Namur expérimente un nouveau volet favorisant l’inclusion sociale des usagers par le biais d’activités, de formations et de projets personnels et collectifs. « Malheureusement, déplore la coordinatrice, la pandémie a mis un frein à tout ça et nous avons perdu le lien avec certaines personnes ».

Vu les dynamiques complexes générées par la grande précarité (surendettement, dépendances, sans-abrisme, non recours au droits, …), les professionnels sont confrontés à des situations auxquelles ils n’ont été ni préparés ni formés.  Les partenaires interdisciplinaires travaillant en première et seconde lignes viennent de créer une formation spécifique dans l’accompagnement de la grande précarité. Le certificat porté conjointement par l’Henallux, l’UCLouvain, l’UNamur et l’HEPN verra le jour en 2021.

Accesspack

Trois générations sous le même toit

Dorothée Lucca pousse un grand ouf d’apaisement.  Elle sera bientôt l’heureuse propriétaire de la maison familiale où elle habite avec ses 4 enfants et ses parents, grâce à un accesspack accordé par le Fonds du Logement.

Depuis plus d’un an, elle porte sur ses seules épaules l’emprunt hypothécaire qu’elle avait contracté avec son mari pour l’acquisition de cette superbe demeure du XVIIe siècle située à Floreffe (Namur).

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« C’était important pour nous de rester ici. Quand on traverse un divorce, on met tout en place pour que les enfants puissent conserver leurs habitudes et leur lieu de vie. On se sent bien ici. Je me suis donc lancé le défi de conserver la maison ».

C’est une amie qui l’envoie frapper à la porte du Fonds du Logement : « je ne connaissais pas du tout, j’ai tenté et ça a marché ! La constitution du dossier prend beaucoup de temps, le FLW est vraiment très rigoureux et exigeant, mais en même temps je trouve cela normal. Il faut attester qu’on rentre bien dans les conditions d’accès. Maintenant, on approche du but, j’ai rendez-vous chez le notaire tout prochainement ! » Le sourire de Dorothée est proportionnel au bonheur d’être bientôt soulagée d’une très grosse charge mensuelle : « Je rembourse seule 1.500 € par mois. Grâce à mon nouveau crédit, je réduis ce poids de moitié. Ça va donner de l’air au budget très serré que l’on a en ce moment. On va pouvoir maintenant envisager quelques dépenses de confort ». Les parents de Madame Lucca habitent au sein de la propriété, dans les anciennes écuries rénovées. Elle explique : « ils ont investi dans cette rénovation, en faisant l’économie d’un loyer qu’ils auraient payé ailleurs. En contrepartie, ils y habitent à titre gratuit et je reste propriétaire de l’ensemble. C’est un accord familial qui a permis de garder ce patrimoine historique en un seul morceau. Sinon, j’aurais dû vendre ces dépendances »

Portrait

Un architecte discret et passionné

Pierre Dubois, directeur du service d’expertises immobilières (crédits), a pris sa retraite  après 35 ans passés au service des familles démunies. C’est un homme discret et passionné qui se retire dans son Brabant wallon d’adoption. Il est venu « restituer » ses outils informatiques de travail à Charleroi. Son équipe est présente et l’accueille avec un énorme panier-cadeau garni de gourmandises. Chacune et chacun lui souhaite un beau succès dans ses futurs projets. « J’ai encore quelques projets d’architecture mais je vais surtout m’adonner à la marche et à mes cours d’anglais.  Je voudrais aussi voyager ! ».

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« Prendre sa pension » n’est pas simple à vivre mais le confinement l’a aidé : « la transition s’est faite en douceur. Et puis, je laisse derrière moi une super équipe de collaborateurs motivés et j’ai le sentiment d’une carrière bien remplie». Pierre Dubois est au Fonds depuis 1985, une époque engagée d’un point de vue social : « et j’avais la fibre, je voulais travailler à aider les gens qui ont moins de chance. J’ai donc débuté au « service extérieur » qui s’assurait du bon usage des ouvertures de crédits et traitait les contentieux. Le marché immobilier était très différent : il y avait plus d’offres que de demandes mais les bâtiments étaient en moins bon état (NDLR : l’inverse d’aujourd’hui). Pour certaines familles, acheter n’était pas la solution. Nous devions donc les réorienter vers la location. C’est alors que le Fonds a créé l’aide locative d’ailleurs ». En tant qu’architecte, il est chargé d’expertiser les biens convoités par les familles et de superviser des chantiers: « je faisais parfois 400 km et 6 chantiers par jour. Il arrivait qu’on dorme à l’hôtel … ».

Au début des années 90, les primes à la réhabilitation font leur apparition, le FLW sert d’intermédiaire entre l’administration wallonne et les familles. C’est également le moment où le Fonds crée et développe l’accompagnement technique personnalisé (voir e-news octobre 2020). Au début des années 2000, Pierre Dubois est nommé directeur du service  : « c’est le hasard qui m’a conduit à un poste de direction. Avec le recul, je suis satisfait de ce parcours. Je pense que j’ai pu soutenir et diriger mon équipe correctement », ce qui n’est pas facile vu l’éclatement de celle-ci au travers de 4 bureaux régionaux. « Cette décentralisation est pourtant essentielle. Elle nous permet d’être plus proches du terrain et des familles, si nécessaire ».

Il y a quelques mois, Pierre a obtenu son titre d’auditeur énergétique. A 64 ans passés, il a trouvé cela « enthousiasmant, même s’il y a quand même beaucoup d’administratif de nos jours ». Au cours de sa carrière, il a connu quelques histoires malheureuses de familles emprunteuses pour qui les difficultés du projet d’achat et de rénovation n’avaient pu être anticipées. Heureusement, « à l’heure actuelle et depuis quelques années, on intervient beaucoup plus tôt dans la phase même de constitution des dossiers. C’est un réel avantage pour les familles qui peuvent être accompagnées voire réorientées plus vite si elles font fausse route ». Le métier d’expert immobilier est particulier : « c’est un boulot très pragmatique, réactif et intuitif qui se perfectionne sur le terrain mais aussi dans les échanges entre collègues. Cet enrichissement mutuel, cette cohésion d’équipe qu’on a pu créer et maintenir, j’en suis fier ». Pierre Dubois n’en dira pas plus, c’est un homme modeste… mais si l’on en juge à la taille de son panier-cadeau, il a raison d’être fier !

Action sociale

Le Fonds, aussi partenaire de l’urgence

Dans des moments de détresse ou d’urgence (période hivernale, accidents de vie, sinistres, …), le Fonds du Logement est régulièrement sollicité par ses partenaires pour reloger des personnes ou des familles. Ainsi, il participe depuis 8 ans à l’opération carolo LHU (logement hivernal d’urgence) en mettant à disposition de l’asbl « Comme chez nous » des logements vides contre un loyer mensuel très modéré. A Liège, en mars 2020 (début de l’épidémie Covid-19) c’est le service Logement de la Ville qui a sollicité le Fonds pour l’aider à héberger gracieusement des personnes sans-abris sortant de l’hôpital (unité COVID). Le Fonds a répondu positivement en mettant à disposition un logement vide en attente de rénovation. Le jour même de la demande, un accord a été trouvé et les clés ont été remises à notre partenaire. A la suite de cette opération, au début de l’été, la Ville a pu également mettre le logement à disposition de « la Maison de l’Adolescent », structure qui héberge des mineurs en rupture de liens familiaux. C’est ainsi que, depuis mai 2020, ce logement est occupé par un jeune homme SDF de 18 ans placé sous administration provisoire en raison d’une fragilité mentale. Le Fonds a formalisé cet hébergement par la rédaction d’un contrat d’occupation précaire de 6 mois, qui a pris cours en octobre 2020 et se terminera en mars 2021.

Opérations immobilières

Le FLW crée 29 logements en 2020

Le Fonds du Logement clôture une année inhabituelle avec la satisfaction de pouvoir proposer aux familles 29 logements locatifs flambants neufs. Deux anciens immeubles de son patrimoine propre ont bénéficié d’une rénovation intégrale : à Marchienne-au-Pont (2 duplex) et à Monceau-sur-Sambre (une maison unifamiliale). Un partenariat avec la commune de Lobbes a permis la réaffectation d’un grand ensemble (photo) comprenant  l’ancienne maison communale de Sars-La-Buissière, une partie de l’école du village et le logement du directeur d’école pour y créer 5 grands appartements. A Mons, un hôtel néoclassique du XIX siècle a été réaffecté pour donner naissance à 4 logements et 2 plateaux de bureaux. A Tournai, une opération d’envergure sur un ensemble mitoyen a abouti à la création de quelque 7 logements. Enfin, en province de Luxembourg, 2 achats de gré à gré, respectivement réalisés dans les centres de Gouvy et de Bomal-sur Ourthe, ont permis de mettre à disposition 5 nouveaux logements chacun. La gestion locative de ces immeubles et l’accompagnement sociotechnique des locataires seront assurés soit par les équipes du Fonds (Charleroi et Mons) soit par la commune de Lobbes, soit par l’APL Maison Internationale (Mons) et l’APL L’Etape (Tournai), soit par l’AIS Nord Luxembourg.

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Vidéos

Invisibles mais essentiels

Le Réseau wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP) a produit une série de 7 capsules sur les métiers invisibles cruciaux en temps de crise : éducatrice, infirmier, technicienne de surface, aide-ménagère, caissière, … Une capsule est consacrée au Réseau social urbain namurois dont nous vous parlons dans cet e-news. A voir !

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Immo

Le baromètre des notaires

Le coronavirus a fortement marqué l’année qui vient de se terminer, y compris sur le marché immobilier. Sur l’ensemble de l’année, une baisse de 2,7% des transactions a été observée en Flandre et à Bruxelles, excepté en Wallonie où le marché est resté stable. Au niveau des ventes, le prix moyen d’une maison et d’un appartement a augmenté dans toutes les régions. En Wallonnie: +6,3% pour les maisons et +5,7% pour les appartements. C’est ce que nous apprend le  Baromètre des notaires 2020. Un document pdf de 4 pages truffé d’infographies chiffrées.

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